Circuit d’art public à Montréal

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La chasse à l’art public

Cinq circuits de visites gratuits soulignent les 25 ans du BAP

L’œuvre La Voie lactée de Geneviève Cadieux fait partie du parcours rose proposé pour les 25 ans du Bureau d’art public.
Photo: Courtoisie Annexe Communications L’œuvre La Voie lactée de Geneviève Cadieux fait partie du parcours rose proposé pour les 25 ans du Bureau d’art public.

Quatre grands musées, la Société de transport de Montréal (STM), Tourisme Montréal et l’Autre Montréal s’allient à la Ville pour célébrer le 25e anniversaire de son Bureau d’art public (BAP). Visites guidées, colloque, concours sont au programme des activités. Le BAP s’est aussi doté d’un nouveau site Internet.

« 25 ans plus tard, l’art est presque partout et donne une âme à la ville », a affirmé le maire Denis Coderre en conférence de presse, jeudi, au Musée des beaux-arts de Montréal, qui participe à la fête avec le McCord, le Musée d’art contemporain et le Centre d’histoire de Montréal. Le maire s’est engagé à « poursuivre son action dans ce domaine avec les mêmes objectifs. » Ceux-ci ont permis au BAP, depuis 1989, d’acquérir, de conserver et de faire la promotion de quelque 315 oeuvres. Le parc complet d’oeuvres d’art, si on inclut les collections publiques, celles de diverses institutions (universités, musées) et les collections privées, compte plus de 1000 oeuvres.

Pas d’oeuvre spéciale pour la fête. Plusieurs seront inaugurées, comme d’habitude, au cours de l’année (voir l’encadré). Les efforts sont plutôt tournés vers 2017, année de célébration du 375e anniversaire de Montréal. Et le BAP insiste de plus en plus sur le processus et la participation citoyenne.

« Il y a eu une évolution profonde de l’implication des artistes en art public depuis 1989, dit Francyne Lord. Maintenant on les intègre dans des équipes de conception. Ils ont un apport extrêmement particulier, original, déterminant dans la réflexion et la création des espaces publics, et c’est quelque chose qu’on veut développer davantage. »

Par exemple, L’étreinte de Luce Pelletier, sur le terrain des habitations Jeanne-Mance, a été réalisée en 2009 avec des résidents. Le BAP mise aussi sur la médiation culturelle. Il a déjà organisé une activité pour familiariser les résidants de Montréal-Nord avec la future oeuvre majeure du collectif BGL, La vélocité des lieux, qui sera inaugurée en 2015.

La Ville entend « développer davantage le mécénat avec les entreprises », a dit le maire Coderre. Une intervention artistique en trois segments financée par le privé verra le jour sur le Parterre du Quartier des spectacles en 2017, année qui sera d’ailleurs déterminante à ce titre. Deux oeuvres marqueront l’entrée en ville du futur Quartier Bonaventure. Le BAP veut « doter le futur parc du Complexe environnemental Saint-Michel de plusieurs oeuvres », indique Mme Lord pour en faire un joyau comme le mont Royal.

Suivez le guide

Pour souligner les 25 ans, les Montréalais sont plutôt conviés à une chasse à l’art public en s’inscrivant à l’un des cinq circuits animés par l’Autre Montréal, offerts gratuitement du 11 au 21 septembre. Quatre de ces parcours se déroulent dans l’arrondissement de Ville-Marie. Le cinquième se passe dans le réseau du métro.

Le nouveau site Internet du BAP (artpublic.ville.montreal.qc.ca) ne sera pas un luxe. L’outil plus convivial et adapté aux téléphones intelligents, tablettes et ordinateurs compte non seulement plus d’images et d’informations sur les oeuvres, mais il permet aussi, grâce à la géolocalisation, de découvrir les oeuvres présentes dans l’espace public autour de soi. Le public peut aussi participer à un concours en répondant à quelques questions sur la page Facebook du BAP. Un colloque international gratuit, L’art public : nouveaux territoires, nouveaux enjeux, se tiendra à l’UQAM, le 19 septembre.

LE DEVOIR: Aires libres

LE DEVOIR

 

Aires libres s’ouvre à la sculpture monumentale

La commissaire Aseman Sabet imprime une nouvelle direction à la manifestation d’art public

14 juin 2014 | Marie-Ève CharronCollaboratrice | Arts visuels
Nicolas Fleming, Il s’occupait, c’est vrai, de nos intérêts et de nos biens, 2014, matériaux mixtes.
Photo : Source Aires libres Nicolas Fleming, Il s’occupait, c’est vrai, de nos intérêts et de nos biens, 2014, matériaux mixtes.
Aires Libres
Manifestation d’art public: entre les lignes

Rue Sainte-Catherine, entre Saint-Hubert et Papineau, jusqu’au 1er septembre

L’intitulé Aires libres désigne, pour une septième édition, la piétonnisation culturelle de la rue Sainte-Catherine dans le Village. C’est dans ce cadre que Les boules roses de Claude Cormier ont fait leur apparition, signe distinctif qui plane encore cette année sur l’ensemble des autres installations et activités de l’événement se déroulant sur l’artère pour la période estivale. Depuis qu’elle a été confiée à des commissaires reconnus, la Manifestation d’art public qui en est le coeur est en voie de s’imposer pour sa crédibilité en art contemporain.

 

L’inscription d’oeuvres d’art dans ce contexte demeure un défi de taille, tant la surcharge visuelle signalétique et publicitaire prévaut. La multiplication des terrasses sur ce tronçon de la rue offre, il est vrai, la possibilité d’attirer un public nombreux, mais en retour des installations accaparantes, qui peuvent masquer les oeuvres d’art.

 

En cela, un tel événement d’art contemporain soulève des questions sur ses modalités d’inscription dans l’espace public, lequel ici est chargé à la fois de signes et de spectateurs potentiels. Les oeuvres doivent-elles mimer les composantes contextuelles et jouer d’une discrétion critique, heurter par leur présence les piétons et les usagers ou encore ne pas tenir compte des éléments en présence ? Sur quels aspects de l’espace public l’art doit-il intervenir ?

 

Sans soulever ces questions directement, la présente édition menée par la commissaire Aseman Sabet prend une direction claire en revisitant la tradition du monument. Avec la présentation de cinq sculptures imposantes produites spécifiquement pour l’événement, la commissaire introduit une nouveauté à la nature du parcours, qui, jusqu’à présent, se cantonnait sur les panneaux photographiques et les surfaces murales. À l’été 2013, sous l’égide de Marie-Ève Beaupré, les applications murales de Dominique Pétrin n’avaient pas manqué de retenir l’attention par leur audace, qui avait donné toute son efficacité à l’édition bien nommée « Habiter sa couleur ».

 

Les sculptures cette année, qui s’ajoutent aux oeuvres sur panneaux et à une intervention sur l’édicule du métro Beaudry, permettent toutefois d’occuper l’espace par leur volume et d’interagir avec d’autres composantes environnantes.

 

Zones grises

 

À la consommation visuelle rapide qui domine dans la rue, les oeuvres imposent au regard de ralentir, car tout se passe avec elles « entre les lignes », comme le dit le thème, qui traite à la fois de ce qui se trouve dans les zones grises et de ce qui relève du langage formel, du trait et du dessin. L’oeuvre de Nicolas Fleming est des plus énigmatiques, avec son enclos en bois qui enferme et révèle des monolithes. Les matériaux bruts, l’aspect inachevé, tranchent avec le clinquant de vitrines et mettent en relief l’activité de monstration, réelle épreuve dans ce contexte.

 

Valérie Blass présente un bronze où le réseau de tiges s’entremêle de cordes qui, elles, sont suspendues par des mains, confondant qui de la structure ou du corps supporte. Tandis que cette sculpture semble deviser sur l’attachement et la rencontre — sur le corps devenant objet, et inversement —, l’oeuvre de Catherine Bolduc met en scène des colliers de perles avec des chaînes, de celles qui décorent et de celles qui emprisonnent. Le dispositif, fait de portes encloses et de miroirs, connote l’assemblage des activités de séduction et de fétichisme dont le quartier est le théâtre.

 

Les sculptures de Patrick Coutu et de Louis Bouvier conversent plus directement avec la tradition du monument, mais sans la célébration d’événements ou de personnages historiques à laquelle elle se consacre habituellement. L’oeuvre de Coutu, dans son titre, porte aux nues l’athéisme sous la forme d’une chute dont la composition repose sur la concrétude des mathématiques. Bouvier, quant à lui, fait se rencontrer colonnes classiques et ornements kitsch, déboulonne les premières pour élever les seconds.

 

N’était le fait qu’elles se trouvent près des trottoirs, coincées près des terrasses par exemple, car on les verrait plus volontiers au centre de la chaussée, les sculptures constituent un corpus des plus solides, avec des pièces fortes et inédites, trouvant aussi à réunir des artistes plus ou moins établis. Les panneaux photographiques ne sont pas en reste avec les oeuvres de Cynthia Girard, de Max Wyse et de David Lafrance, qui sont soit des reproductions d’oeuvres peintes, soit des productions numériques.

 

Le transfert sur un support dans l’espace public est plus manifeste chez le peintre Jean-Benoît Pouliot, qui a adapté sa méthode de travail pour les vitrines monumentales de la Banque Nationale. Il a projeté, photographié et agrandi des vétilles de plastique trouvées par terre, s’approchant ainsi du vitrail. Quant au duo formé par Jim Holyoak et Matt Shane, il a dessiné un bestiaire hétéroclite qui flotte sur les vitres de l’édicule du métro Beaudry, dans un registre toutefois plus bon enfant que ses réalisations sur papier.

 

Les oeuvres parviennent à insuffler des réflexions dans un endroit où les effets de surface sont pourtant légion. Elles doivent aussi disputer l’attention avec la pléthore d’autres activités, comme celle du FIMA, le Festival international Montréal en arts, et les tentes de ses multiples exposants, déjà en cours d’installation lors de notre visite et qui prendront beaucoup de place en fin de semaine. Pour en bénéficier pleinement, autant prévoir de parcourir les lieux plus d’une fois cet été.

Nicolas Fleming, Il s’occupait, c’est vrai, de nos intérêts et de nos biens, 2014, matériaux mixtes. David Lafrance, série d'oeuvres numériques inédites, 2011-2013, impression jet d'encre. Valérie Blass, <em>Rope dope grope nope pope</em>, 2014, bronze, laque.  Jim Holyoak et Matt Shane, <em>Gargoyles and drifters</em>, 2014, impression sur vinyle, édicule du Métro Beaudry

Finissage “Comment encadrer un paysage hypothétique” ET lancement revue Espace

Finissage de l’exposition Comment encadrer un paysage hypothétique à la galerie Thomas Henry Ross et lancement de la revue ESPACE :

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L’équipe de la revue Espace a le plaisir de vous convier au lancement de son numéro du printemps 2014 (Dossier : re-penser la sculpture?) qui aura lieu au bureau de la revue, le samedi 14 juin de 16h à 19h.

Conjointement à ce lancement, la galerie Thomas Henry Ross – qui partage avec les bureaux de la revue le même espace – procèdera au finissage de l’exposition «Catherine Bolduc : comment encadrer un paysage hypothétique».

Notre adresse : 5445, ave. de Gaspé, #423

LE DEVOIR: Comment encadrer un paysage hypothétique

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Un nid d’hypothèses

Catherine Bolduc présente une série de dessins à l’aquarelle percutants et dynamiques qui explorent le côté obscur de la vie, ces peurs et ces sensations de vide

3 mai 2014 | Jérôme Delgado | Arts visuels
Catherine Bolduc, Comment encadrer un paysage hypothétique, 2014, aquarelle et peinture acrylique sur papier, bois et mur
Photo : Jean-Michel RossCatherine Bolduc, Comment encadrer un paysage hypothétique, 2014, aquarelle et peinture acrylique sur papier, bois et mur
Comment encadrer un paysage hypothétique
Catherine Bolduc, galerie Thomas Henry Ross art contemporain, 5445, avenue de Gaspé, local 423, jusqu’au 7 juin.

Après deux expositions dans son premier espace permanent, la galerie Thomas Henry Ross art contemporain s’illustre déjà comme un lieu unique. Les dimensions de sa seule salle de diffusion en font, en soi, une galerie petite, mais ouverte à des expériences de plus en plus rares.

 

Dans ce local perdu du nouveau pôle de Gaspé — on est au 4e étage, loin du rez-de-chaussée et de son fastueux m’as-tu-vu —, l’exposition devient un véritable enjeu d’espace et de réflexions. Elle ne propose pas une simple mise en place d’oeuvres sur les murs. Elle se pose comme un lieu imaginaire, un ailleurs fictif et intime, qui favorise la proximité avec les oeuvres. L’aspect marchand de l’entreprise, surtout quand le galeriste n’y est pas pour faire son speech, s’est, quant à lui, volatilisé.

 

Catherine Bolduc est la première à tirer bénéfice de la situation, elle dont la présence ici suit l’expo collective inaugurale. Joliment intitulé Comment encadrer un paysage hypothétique — un projet subséquent pourrait demander « comment vendre » une telle hypothèse —, ce solo a des airs d’installation in situ, créée et pensée pour ce lieu. Il regroupe une série de dessins à l’aquarelle, tous de 2014, percutants et dynamiques.

 

Qui sait si, dans un autre contexte, dans un autre espace, ils auraient eu le même effet ? Tels que présentés ici, ils provoquent du mouvement et de la profondeur similaires à ceux d’un tourbillon. La surface de création semble incapable de contenir toute cette énergie, et c’est particulièrement le cas de la seule oeuvre sur fond noir (trois autres sont sur fond blanc), complétée par une intervention murale, à l’acrylique. Du coup, le cadre, noir lui aussi, disparaît, avalé par son environnement. L’interrogation de l’intitulé s’avère dès lors un défi très concret.

 

On reconnaît, dans ces quatre oeuvres, la touche Bolduc : un entrelacs de lignes, une accumulation de formes et une organisation sinon pyramidale, du moins en élévation, comme autrefois, assez proche d’un territoire vaste et complexe. L’aspect féerique et précieux de celle qui a maintes fois représenté le jeu, le désir et le rêve laisse place cette fois à des compositions plus ténébreuses, voire terrifiantes.

 

La palette de couleurs est déjà plus sombre. La question de départ, sujet très pictural, se traduit par des compositions où tout éclate, déborde, s’éparpille. On a l’impression que plus rien n’est contrôlable et que le néant, ce noir profond, prend le dessus et le prendra là où il ne domine pas encore.

 

Comme à son habitude, Catherine Bolduc a cherché à exprimer des émotions très personnelles vécues au quotidien. Dans son texte de présentation, elle parle d’une« sensation de vide sous [ses] pieds », sensation provoquée par la lecture d’un article de journal.

 

Le projet jongle avec une série de dualités : le noir et blanc, oui, mais aussi cette impression d’action non contrôlée, geste cher aux automatistes et associé aux pulsions intérieures, versus un soin pour des menus détails. Le motif du miroir, si propre à l’artiste, surgit ici et là, notamment à travers la répétition de formes ornementales, quand ce ne sont pas des « chevelures ondulées » qui dessinent un visage. Lorsqu’on arrive à lire « une face cachée » dans le camouflage du dessin, on comprend que c’est ce côté obscur de la vie, ces peurs et ces sensations de vide, qu’on essaie souvent de taire, qui sont le sujet de l’expo.

 

Quelque part, la galerie format poche gérée par Jean-Michel Ross titille son monde de manière similaire, avec de sincères appréhensions devant tous les pièges qui sous-tendent le marché de l’art. Les rêves de grandeur la feront sans doute un jour sortir de son local camouflé, qu’elle partage avec la revue Espace sculpture. D’ici là, il faudra profiter de tous les paysages et oeuvres hypothétiques qu’elle proposera.

Collaborateur

Catherine Bolduc, Comment encadrer un paysage hypothétique, 2014, aquarelle et peinture acrylique sur papier, bois et mur<em>Comment encadrer un paysage hypothétique</em>, Catherine Bolduc<em>Comment encadrer un paysage hypothétique</em>, Catherine Bolduc<em>Comment encadrer un paysage hypothétique</em>, Catherine Bolduc