“Sculpture – Ludisme” / “Sculpture – Ludism” @ galerie [sas] du 9 juin au 20 août 2011 / from June 9th to August 20th 2011

Sculpture – Ludisme

Exposition Sculpture - Ludisme

Sculpture – Ludisme sera présenté à la galerie [sas] du jeudi 9 juin au samedi 20 août 2011.

Avec les artistes : Patrick Bérubé, Catherine Bolduc, Eric Cardinal, Laurent Craste, Marc Dulude, Peter Gnass, Fred Laforge et Karine Payette

Dans les espaces 1, 2 et 3

Souvent associé à la créativité, le jeu occupe une place privilégiée en art. Dans nos sociétés occidentales, son importance dans la culture est manifeste et l’art reflète cette omniprésence. En effet, les pratiques artistiques récentes sont souvent axées sur l’opposition entre l’échappatoire de l’imaginaire et la structure de règles qu’imposent les jeux. Maintes œuvres illustrent ces glissements entre fiction et réalité, en faisant usage de symboles, souvent à saveur ironique, empruntés à l’enfance où à la culture de masse. Il n’en reste pas moins que le ludisme, plus qu’une définition du comportement de jeu, s’étend sur l’art pour donner un ensemble de pratiques et d’esthétiques hétérogènes. Le ludisme dans l’art apparaît essentiellement sous deux aspects. Il y a d’un côté les œuvres ludiques en soi, qui se présentent explicitement comme une invitation au jeu participatif, ce dernier demeurant par contre toujours biaisé. De telles œuvres ont été présentées dans l’exposition « Ceci n’est pas un casino » qui s’est tenue au Casino du Luxembourg (forum d’art contemporain) en 2010 – à laquelle Patrick Bérubé a participé. Et de l’autre, les œuvres qui ne sont pas forcément ludiques, mais qui sont issues d’une démarche ludique. Cette approche prend de plus en plus d’importance comme le soulignent certaines expositions au Québec. On pense à « La terre est bleue comme une orange » au Musée des beaux-arts de Montréal, une exposition qui regroupent plusieurs pièces nouvellement acquises par le musée, ou, plus précisément encore, l’exposition « Le ludique » au Musée National des beaux-arts du Québec en 2001, dont le commissariat a été assuré par Marie Fraser.

Sculpture – Ludisme, présente la pratique sculpturale, ou plus exactement tridimensionnelle, de huit artistes qui œuvrent par ailleurs dans le domaine de la photo, de la vidéo ou du dessin. Les œuvres qui y sont exposées montrent comment, en jouant avec le merveilleux, la culture populaire, le subterfuge, l’ambiguïté ou l’humour, ces artistes explorent les limites entre réalité et fiction. Cette exposition souhaite illustrer comment une approche ludique peut donner aux œuvres une force critique encore plus éloquente.

Pour Patrick Bérubé, le ludisme permet de rendre ses œuvres plus accessibles, « la facture amusante étonne et permet d’accrocher plus sournoisement le promeneur ». À travers son travail de l’objet, ses pièces présentant diverses juxtapositions à l’humour décapant et déstabilisant créent une rupture et font preuve d’une réflexion sarcastique sur les situations d’impuissance et de perte de contrôle.

À travers une approche poétique qui tend à lier le merveilleux au tragique, Catherine Bolduc explore les transitions entre l’enchantement et le désenchantement. Ses préoccupations récurrentes évoquent la relation entre le lieu fantasmé, idéalisé et le décalage qui se produit avec la réalité vécue. Ce contraste est particulièrement présent dans Alchimie d’un paysage pessimiste où le clinquant des perles, du fantasme, se transforme en lourdes chaînes et vice-versa.

Eric Cardinal joue avec les matériaux de la culture de masse, les jouets, les aliments pour les modifier, les assembler, les transformer. Ces objets familiers s’offrent ainsi différemment à notre regard, nous révélant leur genèse, comment un objet devient sculpture, comment un bout de bois trouve sa fonction et devient objet d’art.

Le qualificatif du « tragique-comique » souvent attribué aux œuvres de Laurent Craste, s’associe précisément au recul critique soulevé par le ludisme, qui parvient à mettre en relief les dimensions problématiques de notre rapport au pouvoir que les vases de porcelaine représentent. En plus de la présence de la batte de baseball et des fléchettes, Craste qualifie son travail de « jeu jouissif et cruel de déconstruction des figures iconiques des arts décoratifs ».

L’idée du subterfuge et de l’ambiguïté dans l’œuvre de Marc Dulude, en plus du jeu évident avec les propriétés physiques des matières utilisées, provoque l’excitation des sens et de l’interprétation visuelle. En déroutant le spectateur, ses œuvres attrayantes modifient notre lecture de la réalité.

La Tablette à chat, dont le titre expose à la fois sa fonction et son humour, présente efficacement l’approche souvent ludique empruntée par Peter Gnass. Issue de sa série Projections, cette œuvre met en évidence la relativité du phénomène de perception selon le point de vue, par le recours aux effets d’illusions optiques et aux processus de l’anamorphose. L’artiste projette des formes (le plus souvent sous l’apparence de polygones), sur un objet ou un élément du paysage, et c’est par le mouvement du spectateur que se construit et se déconstruit la forme projetée.

Fred Laforge éprouve un réel plaisir esthétique à travailler autour de la thématique du corps atypique. Ses sculptures de femmes cheveux montre la chevelure, si séduisante soit-elle, devenir inquiétante. Il mêle de façon indissociable l’attraction et la répulsion pour mieux souligner la fugacité de la beauté.

Karine Payette utilise des matériaux de la culture populaire pour produire des œuvres subversives qui tendent à menacer, à provoquer ou se jouer des valeurs et de l’ordre établi. Ses personnages se cachent, ils semblent vouloir se couper de l’extérieur, peut-être pour mieux échapper au quotidien et se réfugier dans un monde fantaisiste.

/

Sculpture – Ludism

Sculpture – Ludisme at galerie [sas] from Thursday, June 9th to Saturday August, 20th 2011.

Sculpture – Ludism shows how, by playing with fantasy, popular culture, quirk, ambiguity or humor, the artists are exploring the reality and fiction ; this ludic approach is bringing to the works a particularily eloquent critical force.

With the artists: Patrick Bérubé, Catherine Bolduc, Eric Cardinal, Laurent Craste, Marc Dulude, Peter Gnass, Fred Laforge and Karine Payette

Space 1, 2 and 3 of galerie [sas]

Often associated with creativity, playfulness has a prominent place in art. In our Western societies, its importance in culture is obvious and art reflects this pervasive nature. Recent artistic practices are indeed often based on opposition between the imagination loophole and the structure of rules dictated by games. Many works reflect these slips between fiction and reality by using symbols, often in an ironic way, taken from childhood or mass culture. Nonetheless, ludism is more than just a definition of game behaviour – it also spreads to art to give a whole of heterogeneous practices and aesthetics. Ludism in art appears essentially under two aspects. On one hand, there are ludic works in and of itself, representing themselves particularly as an invitation to participative game play which, however, is always biased. Such works have been presented during the exhibition “Ceci n’est pas un Casino” that was held at the Casino Luxembourg (Forum d’art contemporain) in 2010 – Patrick Bérubé was a participant to this exhibition. On the other hand, there are works that are not necessarily ludic but that are issue from a ludic approach. This approach is becoming increasingly important as seen in some exhbitions in the province of Québec. We can think of “The Earth is Blue Like an Orange” at the Montreal Museum of Fine Arts, an exhibition that includes several works recently acquired by the museum or, even more precisely, the exhibition called “Le ludique” at the Musée national des beaux-arts du Québec in 2001, curated by Marie Fraser.

Sculpture – Ludism presents the sculptural practice, or three-dimensional, to be more exact, of eight artists that otherwise work in the field of photography, video or drawing. The works that are exhibited show how, by playing with fantasy, popular culture, quirk, ambiguity or humor, the artists are exploring the limits between reality and fiction. This exhibition wishes to illustrate how a ludic approach can bring to the works a particularly eloquent critical force.

For Patrick Bérubé, ludism allows his works to become more accessible: “The amusing style surprises and allows attracting in a more sly way the stroller.” Through his work of the object, his works representing various juxtapositions of caustic and destabilizing humor create a rupture and demonstrate a sarcastic reflection on situations of powerlessness and loss of control.

Through a poetical approach that tends to link fantasy to tragic, Catherine Bolduc explores transitions between enchantment and disenchantment. Her recurrent concerns suggest the relation between the place fantasized, idealized and the offset that happens with the lived reality. The contrast is particularly present in Alchemy of a Pessimistic Landscape where the false glitter of pearls, fantasy, transforms itself in heavy chains and inversement.

Éric Cardinal plays with materials from the mass culture, toys, food in order to modify, assemble and transform them. We then see the materials from what these are made of from a different perspective as they reveal their genesis, how an object becomes a sculpture, how a piece of wood finds its function and becomes an artefact.

The “tragic-comic” qualifier often attributed to the works of Laurent Craste is precisely associated with the critical step back raised by ludism that is able to highlight the problematic dimensions of our relationship with power that are represented by the porcelain vases. Added to the presence of the baseball bat and the darts, Craste qualifies his work of a “joyful and cruel game of deconstruction of decorative arts iconic figures.”

The idea of quirk and ambiguity in the work of Marc Dulude, added to the obvious game with the physical data of the materials used, leads to senses and visual interpretation excitation. By confusing the spectator, his attractive works modify our interpretation of reality.

The Tablette à chat, which title exposes both its function and its humour, efficiently presents the often ludic approach used by Peter Gnass. From the Projections series, this work highlights the relativity of the perception phenomenon depending on the point of view, using optical illusion effects and anamorphosis processes. The artist projects shapes (most of the time polygons) on an object or a landscape element and it is by the movement of the spectator that the projected shape is constructed and deconstructed.

Fred Laforge has a real aesthetical pleasure to work around the theme of the atypical body. His sculptures of hair women show how hair, however seductive it may be, become problematic. He mixes in an inextricable way attraction and repulsion to better feature the fugacity of beauty.

Karine Payette uses materials from popular culture to create subversive works that tend to threaten, provoke or play fast and loose with values and establishment. Her characters play hide and seek, seem to want to be cut from outside, maybe to better escape everyday life and seek refuge in a fantasy world.