LE DEVOIR : Art souterrain

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Le Devoir
Culture, mardi 4 mars 2014, p. B7
Art souterrain, un festival enraciné
Faire découvrir l’art contemporain à des non-initiés, et de surcroît dans le circuit souterrain de Montréal passe encore pour une conciliation difficileMARIE-ÈVE CHARRON

Art souterrain, festival d’art contemporain, a donné pour une sixième année son coup d’envoi durant la Nuit blanche samedi dernier. L’événement cherche toujours ainsi à faire le plein de néophytes, alors qu’il peut également compter sur ses adeptes qui, malgré les ratés habituels, reviennent chaque fois. Faire découvrir l’art contemporain à des non-initiés et de surcroît dans le circuit souterrain de Montréal, passe encore pour une conciliation difficile. Les conditions d’exposition font souvent la vie dure pour certaines des 123 oeuvres qui n’ont pas toujours été pensées pour ce contexte où la sursaturation de signes commerciaux et la musique pop sirupeuse dominent, quand ce n’est pas l’éclairage qui fait défaut.
Une signalétique abondante et l’armada de guides déployés pour l’occasion n’ont pas empêché de se chercher un peu dans le circuit de sept kilomètres qu’il n’est pas si avisé de faire d’un seul trait, comme ont permis de le constater les cinq heures et plus passées à le parcourir, sans même pouvoir apprécier toutes les oeuvres, lesquelles parfois échappaient au regard ou n’étaient simplement pas encore en fonction.
L’« enracinement » proposé comme thématique cette année ne manque pas bien sûr de résonner avec les débats entourant la charte de laïcité, en ouvrant sur les questions d’identité à l’ère de la mondialisation. Si le propos se contente souvent de faire l’éloge en surface du multiculturalisme, il se diversifie dans ses formes (récit, documentaire, inventaire d’objet, archive) et se recentre autour de l’art autochtone canadien à la Place Ville-Marie grâce à un commissariat mené solidement par Nadia Myre. De sa sélection se détachent les Objets crépusculaires d’André Dubois ; de petits théâtres d’ombre aménagés à même les vitrines d’un corridor montrant entre autres, par opposition au public ciblé en ces lieux, le spectacle d’un bourgeois contemplant de l’art de salon.
C’est en pièces détachées (et à plusieurs foulées de distance) que le reste du parcours se laisse apprécier, à l’exception de l’île séduisante de Catherine Bolduc en dialogue avec la monumentale ancre de carton de Sophie Cardin au complexe Guy-Favreau. Jouant sur l’idée du parcours qui caractérise l’événement, l’artiste française a aussi judicieusement implanté des fragments de la chaîne en deux autres lieux.
Une des interventions sonores d’Audiotopie s’exerce, elle, avec efficacité dans un corridor sinueux aux motifs de briques alambiqués, tandis que la mosaïque de portraits de Bertrand Carrière s’étend plus loin sur un fond épuré aussi ordonné que les têtes bien actuelles qui se font passer pour celles des soldats tombés à Dieppe en 1913. Cette oeuvre, comme plusieurs autres du lot, n’est pas inédite, mais se réinscrit bien dans le contexte.
L’installation cinétique Mouvement de Masse de Jonathan Villeneuve est aussi de cet ordre, faisant balayer ses roseaux grinçant dans le vaste hall vitré de la Place Victoria.
Quant aux vidéos, logées encore cette année dans des cabines, ressortent L’éducation nautique de Christian Laurence, l’animation de Kandis Friensen (à la bande sonore inaudible) et les effets spéciaux parfois rigolos de Tom Pnini. La quantité prime souvent pour Art souterrain qui porte en somme bien son nom de « festival ». Il l’assure aussi par une panoplie d’activités à la portée de tous jusqu’à minuit le 15 mars.
ART SOUTERRAIN
Circuit de 7 km entre la Place des Arts et le Complexe les Ailes
www.artsouterrain.com

Art souterrain, un festival enraciné
L’île déserte de l’artiste Catherine Bolduc, au complexe Guy-Favreau